
Et vous, dans tout ça ? Prendre soin d’un proche sans perdre de vue vos propres besoins.

Caroline RAUTUREAU
Sophrologue et Maître Enseignant Reiki · Saint-Germain-de-Prinçay
Quand « tenir » devient votre quotidien
Un rendez-vous à organiser. Des papiers à remplir. Une visite à prévoir. Un imprévu à gérer.
Et puis votre propre vie : travail, maison, famille, obligations.
Alors vous faites ce qu’il y a à faire.
Vous êtes fatigué(e), mais vous continuez. Vous auriez besoin de souffler, mais une autre priorité arrive. Et lorsqu’on vous demande comment vous allez, vous répondez peut-être :
« Ça va, je tiens. »
Une phrase anodine qui soulève pourtant une vraie question :
Depuis combien de temps tenez-vous sans réellement récupérer ?
Comprendre ce qui se passe
Lorsque vous accompagnez régulièrement un proche malade, âgé, en situation de handicap ou de perte d’autonomie, votre attention se tourne naturellement vers lui.
Peu à peu, vous vous habituez à anticiper, organiser, surveiller, réagir. Même sans urgence, il peut devenir difficile de décrocher. Votre corps est au repos, mais votre tête continue à prévoir la suite.
Vos propres besoins passent facilement après ceux de l’autre, simplement parce qu’il y a toujours quelque chose qui semble plus urgent.
Pourquoi est-il parfois si difficile de s’arrêter ?
Passer le relais, demander de l’aide ou simplement vous accorder un moment peut devenir compliqué.
Il peut y avoir la peur que quelque chose arrive en votre absence, la culpabilité de penser à vous ou cette petite voix :
« Je ne vais quand même pas me plaindre, c’est lui qui est malade. »
Alors vous repoussez vos besoins à plus tard : quand la situation sera plus stable, quand vous aurez davantage de temps…
Seulement voilà : ce moment n’arrive pas toujours.
Un café… et ça repart ?
Lorsque la fatigue s’installe, il est naturel de chercher des moyens de continuer : un café supplémentaire, quelque chose de sucré, le téléphone pour penser à autre chose ou le besoin de rester en mouvement.
Ces habitudes ne sont pas forcément problématiques. Mais elles peuvent parfois devenir de petites stratégies de compensation : elles permettent de tenir alors que votre corps réclame peut-être autre chose.
Du repos. Du calme. Du soutien. Un relais. Ou simplement quelques minutes pendant lesquelles vous n’avez rien à gérer.
La question n’est donc pas de culpabiliser, mais de vous demander :
« De quoi ai-je réellement besoin à ce moment-là ? »
Une pratique à expérimenter : quelques minutes pour revenir à vous
Lorsque votre attention est constamment tournée vers les besoins d’un proche, cette pratique vous propose de revenir quelques instants à vos sensations et à vos propres besoins.
Comment pratiquer ?
Installez-vous confortablement, assis(e), les pieds posés au sol. Relâchez les épaules et, si cela vous convient, fermez les yeux.
- Sentez vos points d’appui : vos pieds sur le sol, votre dos contre le dossier, vos mains sur vos cuisses.
- Inspirez tranquillement par le nez, puis soufflez lentement par la bouche. Répétez trois fois, sans forcer.
- Observez votre corps : remarquez les zones de tension, de fatigue ou de lourdeur, mais aussi celles qui vous semblent plus confortables.
- Demandez-vous intérieurement : « De quoi ai-je besoin, là, maintenant ? » Laissez venir ce qui se présente, sans chercher la bonne réponse. Peut-être du calme, de la douceur, du repos, de la légèreté…
- À l’inspiration, imaginez que vous accueillez ce dont vous avez besoin. À l’expiration, laissez cette sensation agréable se diffuser vers la zone de tension repérée, comme si votre respiration pouvait y apporter un peu de douceur, de calme ou simplement plus de confort.
Répétez plusieurs fois à votre rythme, en observant simplement vos sensations.
Prenez une dernière respiration avant de reprendre tranquillement votre journée.
L’objectif n’est pas de faire disparaître votre fatigue, mais de prendre quelques instants pour écouter votre corps et reconnaître ce dont vous avez besoin.
Pourquoi cette pratique peut-elle faire du bien ?
Quand on s’occupe beaucoup des autres, l’attention est souvent tournée vers l’extérieur. Cette pratique propose simplement de changer momentanément de direction : revenir vers vous.
Il ne s’agit ni de résoudre les difficultés en quelques respirations, ni de vous imposer une nouvelle chose « à faire », mais de retrouver l’habitude de repérer vos sensations et vos besoins.
Parce qu’avant de pouvoir respecter un besoin, encore faut-il pouvoir l’entendre.
Quand faut-il être plus attentif ?
Une fatigue intense ou persistante, des troubles importants du sommeil, une anxiété marquée, une tristesse durable ou l’impression de ne plus réussir à faire face méritent de ne pas être banalisés.
Si l’alcool, certains médicaments ou d’autres substances deviennent nécessaires pour tenir, dormir ou supporter la situation, parlez-en à un médecin ou à un professionnel de santé.
Vous accompagnez quelqu’un, mais vous aussi pouvez avoir besoin d’être soutenu(e).
Pour aller plus loin : retrouver une place pour vos propres besoins
Prendre soin de vous ne signifie pas prendre moins soin de l’autre.
Cela peut commencer simplement : reconnaître votre fatigue, accepter un relais, écouter ce que votre corps vous signale ou vous autoriser quelques minutes sans avoir à répondre immédiatement aux besoins de quelqu’un.
Dans mes accompagnements, nous partons du concret : fatigue, sommeil perturbé, stress, culpabilité, émotions ou difficulté à vous accorder une place.
Sophrologie, cohérence cardiaque ou Reiki peuvent être proposés selon votre situation et vos besoins.
L’objectif n’est pas d’ajouter une contrainte, mais de vous aider à retrouver progressivement des ressources dans votre quotidien.
En conclusion
Vous pouvez aimer profondément une personne et trouver la situation difficile.
Vous pouvez vouloir être présent(e) et avoir besoin de souffler.
Les deux peuvent coexister.
Prendre soin de vous ne commence pas forcément par un grand changement. Peut-être simplement par cette question :
« De quoi ai-je besoin, moi, aujourd’hui ? »
Et, peu à peu, vous redonner une place au milieu de tout ce que vous faites pour les autres.
Écoutez votre corps. C’est votre meilleur allié.



